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  Randonneurs Pyrénéens
  LE CORAN
 
Souvenirs d'un voyage
fait en 1841, par Louis Veuillot,

 XI - LE CORAN ET L'EVANGILE,

          Le Coran est le singe de l'Évangile, comme le diable est le singe de Dieu; il l'imite en le travestissant, il le copie en prenant le contre-pied de ses actions et de ses discours.

          Au premier coup d'œil que l'on jette sur le livre sacré des musulmans, c'est un amas de folies et de turpitudes qui révolte; l'on a peine à concevoir que tant d'absurdités hideuses se soient logées dans la tête d'un homme. Lorsque ensuite on considère l'effroyable puissance de ce code, l'empire qu'il a exercé sur une si grande partie du genre humain, l'attachement que lui vouent encore ses sectateurs, on est tenté de supposer à l'homme qui le conçut et le fit adopter. Je ne sais quel génie infernal, supérieur à celui de tous les législateurs qui ont, avant ou depuis lui, paru dans le monde. Ce chamelier arabe qui, réunissant quelques tribus divisées de religion et de gouvernement, en fait le germe d'un empire dont la force accable au bout d'un siècle la Perse, la Syrie, l'Afrique, l'Espagne et commence d'envahir la France, semble doué d'une grandeur qui dépasse la mesure humaine. On se demande si les monstruosités de sa religion et de sa loi n'ont pas été calculées à dessein, et si là où l'on ne trouve que des fables ridicules et contradictoires, il ne faut pas voir une profonde connaissance de l'humanité, un art presque surnaturel de l'enchaîner et de la soumettre par tous ses instincts? L'influence de l'époque où nous sommes favorise ce penchant à s'incliner devant le crime et l'imposture couronnés. Tant de bouches glorifient de toutes parts le succès, tant d'efforts le poursuivent, tant d'intelligences l'adorent, que les esprits les plus droits et les meilleures natures, enveloppés à leur insu, ont besoin de se surveiller pour résister au torrent qui porte l'hommage public aux pieds impurs de quiconque a réussi.

          Les enseignements de l'histoire, ceux de la vie, nos propres expériences savent à peine nous déshabituer de mesurer la grandeur de l'homme sur l'élévation du piédestal où il nous apparaît. Nous attribuons à son génie la création des éléments antérieurs auxquels il a dû souvent la plus grande part de ses inspirations et de sa puissance ; quand son oeuvre lui survit, c'est à son génie encore que nous faisons honneur de mille circonstances fortuites qui l'ont agrandie, consolidée et quelquefois absolument transformée. Qu'y a-t-il cependant presque toujours au fond de cette oeuvre étonnante? On hésite à le dire : quelque talent, beaucoup de ruse, beaucoup de mauvaises passions, l'audace d'un premier succès, l'impossibilité de reculer, le concours énergique et furieux de mille frénésies qu'on a déchaînées, qui veulent vaincre le ciel et la terre, et qui triomphent pour un temps, non parce que l'homme l'a voulu, mais parce que Dieu, dans un dessein qui se dévoile quelquefois et qui peut rester à jamais caché, l'a décidé ainsi.

          Cette destinée de tous les hérésiarques, dont pas un ne fut homme de bien, et dont pas un, par conséquent, ne fut placé dans les conditions suprêmes de force et d'intelligence qui constituent la véritable grandeur et le véritable génie, cette destinée est celle de Mahomet.

          Comme homme, il a surtout obéi à son ambition et à sa luxure; comme législateur, il a fondé sa loi sur les instincts de la nature corrompue, incessamment révoltés contre les obligations que leur impose la morale divine. Quiconque voudra ériger en dogme religieux les conseils que lui donnent l'orgueil, l'ambition et la chair, trouvera toujours des apôtres et des fidèles. Ainsi fit Mahomet, et dès lors il n'est pas surprenant que, malgré le respect avec lequel il parle de Jésus-Christ, le Coran soit devenu en quelque sorte la contre-partie de l'Évangile. Tout ce que l'Évangile condamne dans l'homme, il le permet ; tout ce que l'Évangile ordonne, il l'anéantit. Voilà la part de son génie, elle est à peine au-dessus de celle du dernier ignorant qui s'insurge brutalement, au nom de ses passions, contre le frein céleste qu'on lui propose de la part de Dieu. J'ai perdu de mon respect pour la supériorité intellectuelle des docteurs anti-chrétiens depuis qu'un jour, ayant entrepris de ramener à la vérité un pauvre homme qui savait à peine lire, je le vis m'objecter successivement tout Arius, tout Mahomet, tout Luther et beaucoup d'autres encore. Que manquait-il à ce catéchumène rebelle pour qu'il devînt un religionnaire redoutable? Un peu plus de foi, un peu plus de passion, une élocution plus facile et l'appui d'une épée : forces de hasard !

          Du reste, Mahomet fut aussi habile qu'il avait besoin de l'être; en justifiant les vices de son coeur, il caressa tous les vices, tous les désirs des populations vagabondes, fières, rapaces et sensuelles qui l'entouraient. Il leur promit la conquête, le butin et l'empire, et après cette vie un paradis, séjour de délices, fait pour charmer les rêves de ces habitants du désert, pauvres, avides de plaisirs grossiers, et poursuivant avec peine quelques jouissances chétives dans la profondeur dévorante de leur aride patrie. La guerre, la domination, la rapine en ce monde; dans l'autre, des jardins toujours ombreux, des ondes toujours fraîches, des fleuves de lait, des fleuves de miel, des fleuves de vin, des fruits et des viandes délicieuses pour satisfaire un appétit toujours renaissant ; le repos sur des lits de soie brochés d'or, la société de quatre-vingt-dix compagnes aux yeux noirs, belles et soumises, qui seront leurs épouses et qui ne leur imposeront pas les devoirs de la paternité( 1 ), quelles promesses pouvaient mieux séduire les sauvages enfants de l'Yémen?
          (1) A ce trait, dit M. l'abbé Rorhbacher, comment ne pas reconnaître l'œuvre de ces esprits immondes qui demandaient au Christ la permission d'entrer dans des pourceaux?

          On sait comment le Coran fut composé. Mahomet, encore idolâtre comme toute sa tribu, mais déjà superficiellement instruit des diverses religions qui se partageaient les Arabes, s'étant retiré dans les cavernes du mont Héra, prétendit que l'archange Gabriel lui avait fait lire le livre de la loi tout entier, et l'avait ensuite remporté au ciel, mais en lui donnant l'assurance qu'elle lui rapporterait, chapitre par chapitre, quand les circonstances l'exigeraient; précaution satanique au moyen de laquelle il sut par la suite justifier ses plus détestables actions, ses plus infâmes débauches, et faire parler Dieu suivant son besoin. Sans doute la ruse était hardie; Mais que penser du peuple dont la crédulité en fit le succès? Grâce à ce procédé, le Coran contient l'histoire politique et privée de Mahomet aussi bien que les préceptes imposés à ses sectateurs ; l'homme fait juger de la doctrine, et la doctrine à son tour peut faire apprécier le docteur. Un chapitre descendit du ciel pour justifier le prophète d'avoir épousé la femme de son fils adoptif, et pour lui donner le privilégié spécial d'épouser toute femme qui se donnerait à lui. Des assassinats, des meurtres commis par Mahomet ou par ses ordres, des atrocités exercées envers des vaincus à qui l'on avait promis la vie, furent glorifiés de la même manière. Au moyen de ces chapitres il eut réponse à toutes les objections, à tous les reproches ; il se vanta d'avoir manqué à sa parole, et autorisa ses disciples à trahir leurs serments ; il s'excusa de ne point faire de miracles en disant que Moïse et Jésus-Christ en avaient assez faits sans convertir les hommes, et que pour lui il n'était chargé que de la prédication (2) ; il se fit pardonner même sa défaite, même l'avarice qui le portait à s'adjuger plus que sa part des dépouilles de l'ennemi, même le ridicule que jeta sur lui l'infidélité de sa femme Aïcha, fille d'Aboubekre, qu'il avait épousée à l'âge de neuf ans. Certes, l'imbécillité publique lui faisait beau jeu ; mais chacun trouvait son compte à croire en lui.
          (2) Plus tard il donna comme preuve de sa mission le miracle de la lune fendue en deux, auquel il fait allusion dans le chapitre 54, et que les auteurs arabes racontent ainsi: " Sommé publiquement, pour prouver sa mission, de couvrir le ciel de ténèbres, de faire paraître la lune en son plein et de la forcer à descendre sur la Kaaba (temple) de la Mecque, Mahomet accepta la proposition. Le soleil était au plus haut de son cours, aucun nuage n'interceptait ses rayons. Mahomet commande aux ténèbres, qui voilent aussitôt la face des cieux. Il commande à la lune, et elle paraît au firmament. Elle quitte sa route accoutumée, et bondissant dans les airs, elle va se reposer sur le faite de la Kaaba. Elle en fait sept fois le tour et vient se placer sur la montagne d'Aba-Cobaïs, où elle prononce un discours à la louange de Mahomet. Elle entre par la manche droite de son manteau et sort par la gauche; puis, prenant son essor dans les airs, elle se partage en deux. L'une de ces moitiés vole vers l'orient et l'autre vers l'occident; elles se réunissent dans les cieux, et l'astre continue d'éclairer la terre. " Tel est le commentaire que nous font de ce chapitre de l'Alcoran les docteurs de l'islamisme. N'est-ce point ici l'accomplissement de ce que saint Paul disait : " Il y aura un temps où ils détourneront leurs oreilles de la vérité et s'appliqueront à des fables? (2 Tim. 4,4.) "

          Est-il rien de plus puéril, de plus sot ? Voilà pourtant ce que les hommes qui embrassent aujourd'hui l'islamisme sont obligés de croire, pour se dispenser de croire à tous ces miracles de charité de notre Sauveur, les malades guéris, les morts ressuscités, les flots apaisés, les pains multipliés!

          La réunion de ces chapitres, dictés par les circonstances, forme un pêle-mêle fatigant à lire, souvent impossible à comprendre, où se retrouvent des histoires plus ou moins altérées de l'Ancien et du Nouveau Testament, des rêveries prises aux évangiles apocryphes qui avaient cours parmi les Orientaux, des fables de l'Inde, des contes arabes et talmudiques, des moralités niaises, mais surtout des redites et des contradictions. Au milieu des doctrines d'extermination qui s'y représentent sous toutes les formes, on voit des conseils de douceur et de tolérance. C'est qu'au commencement Mahomet ne se sentait pas toujours eu force; son langage alors était pacifique, et il commandait à ses fidèles de ne disputer avec les juifs et les chrétiens qu'eu termes honnêtes et modérés. Les habitants de la Mecque se moquaient de ce fatras indigeste qui paraissait par fragments successifs, comme nos feuilletons d'aujourd'hui. A chaque chapitre nouveau c'étaient dans la ville des risées nouvelles. Mahomet, disait-on, est un imposteur et un fou, qui nous répète les fables qu'on lui raconte le matin et le soir ; on nommait les individus de toutes sectes qui lui dictaient son livre. Il répondit en auteur piqué : un chapitre descendit du ciel et défia les moqueurs de rien produire qui fût d'une telle éloquence. Les Mecquois ne relevèrent pas le défi : seul peut-être parmi eux, Mahomet savait écrire.

          Plus tard, ses disciples s'étant accrus, il sut autrement répondre aux objections. " Il m'a été ordonné, dit-il, dans la Sonna, de tuer tous les hommes, jusqu'à ce qu'ils confessent qu'il n'y a de Dieu que Dieu, et que Mahomet est son prophète. " Alors on crut à la Mecque aussi bien qu'à Médine. Néanmoins le prophète comprit que l'ignorance des hommes lui était nécessaire. Il se proclama ignorant lui-même, prétendit ne point savoir écrire, et interdit à ses sectateurs l'étude des lettres et de la philosophie. Par le double secours du sabre et de l'ignorance, le Coran devint un livre sacré.

          A force de commentaires, on a tiré du Coran et des paroles de Mahomet recueillies par ses compagnons, des bases de législation, une confession de foi, et un corps de morale. Les victoires des hordes arabes, rendues faciles et peut-être nécessaires par l'état de décomposition où se trouvait le monde aux septième et huitième siècles, ont fait le reste. Je n'ai point à parler de la législation des musulmans : ce qui s'y trouve de principes sages est annihilé par le despotisme du prince, par la mauvaise constitution de la famille, par la corruption des mœurs, enfin par la grossièreté ou la férocité de l'individu. On sait ce que cette législation a produit partout. La confession de foi se réduit à treize articles; savoir, l'existence d'un seul Dieu créateur, la mission de Mahomet et la divinité du Coran, la providence de Dieu et la prédestination absolue, l'interrogation du sépulcre ou le jugement particulier de l'homme après la mort, l'anéantissement de toutes choses, même des anges et des hommes, à la fin du monde ; la résurrection future des anges et des hommes, le jugement universel, l'intercession de Mahomet dans ce jugement, et le salut exclusif des seuls mahométans; la compensation des torts et des injures que les hommes se sont faits les uns aux autres ; Un purgatoire pour ceux dont les bonnes et les mauvaises actions se trouveront égales dans la balance ; le passage du pont, plus affilé qu'une épée, jeté au-dessus de l'enfer, qui conduira les bons au paradis, et laissera les méchants tomber dans les flammes éternelles (3).
          (3) Reland, Confession de foi des musulmans. Le pont aigu se nomme le pont Sirack. Les uns, à la suite de Mahomet, le franchiront comme l'éclair, les autres comme un cheval qui court, ceux-ci comme un cheval qui marche, ceux-là se traînant, le dos chargé de leurs péchés; d'autres enfin tomberont et seront damnés.

          On voit d'un coup d'oeil d'où viennent tous ces dogmes. Mahomet n'eu a pas inventé un seul, à l'exception de ceux qui le concernent. Il entend l'unité de Dieu comme les juifs et comme les ariens qui la lui ont enseignée. Il nie que Jésus-Christ soit le Fils de Dieu. Dieu, selon lui, ne peut avoir un fils, puisqu'il n'a point d'épouse ; ce qui ne l'empêche pas plus loin de reconnaître Jésus-Christ pour le Verbe et pour l'esprit de Dieu, né de la Vierge Marie, conçue elle-même sans péché, et qui l'enfanta sans cesser d'être vierge. La théologie de Mahomet reste donc bien au-dessous de la pensée des sages païens, Socrate et Platon, qui entrevoyaient en Dieu une génération spirituelle du Logos ou du Verbe. La prédestination absolue est une erreur des Arabes idolâtres qu'il avait conservée : Ce dogme détruit la liberté de l'homme et fait Dieu auteur du péché ; bien qu'il répugne tellement aux instincts et aux besoins de la nature humaine et de la société que ceux qui l'acceptent ne le puissent mettre complètement en pratique (4); il a été pour les sociétés musulmanes une des principales causes de leur prompte décadence.
          (4) Les musulmans, assez fatalistes pour en devenir stupides, ne peuvent l'être assez pour cesser d'être hommes. Lorsqu'un danger les menace, ils s'efforcent de le conjurer, ils prient pour détourner la colère de Dieu, et ils ont mille pratiques superstitieuses qui protestent contre l'absolue soumission au destin.

          Les idées grossières du pont aigu, de la balance des oeuvres, de la compensation des torts, des plaisirs sensuels du paradis, sont des expressions métaphoriques des anciens écrivains que Mahomet se faisait lire, et qu'il a lourdement prises à la lettre. L'anéantissement des anges et des hommes et leur résurrection, c'est le dogme de la résurrection future, mal entendu et mal rendu par un ignorant. Il est à croire que le prophète n'attachait à tous ces points de doctrine qu'une médiocre importance. Le but manifeste du Coran tout entier, dans ses moindres détails, est d'inculquer ces deux dogmes : il n'y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète; c'est-à-dire de nier toujours, soit directement, soit indirectement, la divinité du Christ, et de renverser sa loi. Il n'est pas jusqu'à l'interdiction jetée sur l'usage du vin qui ne soit dictée par cette pensée sacrilège; en faisant dire à son Dieu que le vin est une abomination inventée par Satan, Mahomet a voulu flétrir et empêcher le sacrifice adorable des chrétiens, plus encore que prévenir les dissensions qui éclataient parmi ses sectateurs lorsqu'ils s'enivraient. La défense de boire du vin n'en est pas moins un des principes les plus admirés par tous ces philosophes qui se récrient contre les abstinences que l'Église catholique impose aux fidèles ; comme si la religion catholique permettait aux hommes de boire du vin jusqu'à s'enivrer! comme si les musulmans, parce qu'ils s'interdisent le vin, s'interdisaient toutes les débauches ! comme si, enfin, l'islamisme n'avait pas plongé des races entières dans un abrutissement pire que l'ivrognerie !
          Mais quelle raison donner à des esprits qui, sur le terrain où ils se placent, ne peuvent plus être de bonne foi?

          La morale de Mahomet est encore plus mauvaise que ses dogmes. Comme son paradis même n'est, au fond, qu'un lieu de débauches où toutes les passions sensuelles pourront parcourir une échelle de satisfactions immenses, on devine quelles pensées l'attente de pareils biens éveille dans le cœur, et quelles actions elle inspire. L'imposteur ne s'est pas contenté de dégrader la femme en la réduisant à l'esclavage, et de dénaturer l'institution du mariage en permettant le divorce et la polygamie : il souille encore l'union conjugale par les abjections qu'il autorise. La sainte chasteté n'a pas de plus grand ennemi. Cette vertu des vertus, que l'Evangile semble avoir révélée au monde, devait exciter la rage de l'impie : il a fait tout ce qu'il a pu pour l'anéantir. Sous ce rapport les Maures et les Arabes, comme au surplus tous les musulmans, sont, malgré leurs dehors pudiques, d'une corruption que les Européens, malgré leurs fanfaronnades effrontées, n'ont pas atteinte. La polygamie, changeant l'ordre de la nature, a livré les deux sexes au désordre le plus hideux, et les femmes, cette gloire de l'Eglise dans notre France, ne sont en Algérie qu'un troupeau de brutes, dont rien ne peut exprimer la dégradation.

          Pour le reste, on sait que les pratiques extérieures, les ablutions, le pèlerinage de la Mecque, remplacent les oeuvres satisfactoires. En commandant la prière, l'aumône et le jeûne, Mahomet, les dégrade et les altère. La prière, qui est d'obligation cinq fois par jour à des heures marquées (5), est une prière d'esclave, une formule vaine, sans amour, sans vie ; nulle part on ne donne à Dieu le doux nom de père, nulle part on n'y dit qu'on l'aime et qu'il faut l'aimer.
          (5) Cinq fois par jour le muezzin fait entendre, du haut des minarets, l'aden ou appel à la prière :le matin, cebahh; à midi, dhor ; à trois heures et demie aceur; au coucher du soleil, maghreb; deux heures après le coucher du soleil, eucha.

          L'aumône chrétienne nous oblige, en temps et lieu, de donner pour nos frères non seulement une partie de notre bien, mais même notre vie, à l'exemple de Jésus-Christ, qui s'est donné et se donne encore tous les jours pour nous, et qui regarde comme fait à lui-même ce que nous faisons au dernier de nos frères ou plutôt des siens. La pratique de cette vertu a sauvé le monde, elle a conservé la vie à des multitudes innombrables de malades et d'indigents, elle nourrit encore dans les sociétés catholiques la plus grande partie des pauvres; elle est si puissante, que là où elle ne se développe point, dans les pays protestants par exemple, aucune institution, aucun effort du gouvernement n'a pu suppléer à ses effets. Pour Mahomet l'aumône n'a été en grande partie qu'un tribut qu'il levait pour lui-même.

          Quant au jeûne du mois de ramadan, nuisible au point de vue politique, il est nul comme pénitence : les riches dorment le jour et passent la nuit dans les festins; les pauvres épuisent leurs forces sans corriger leurs moeurs; ce n'est qu'une contrefaçon ou plutôt une parodie du jeûne catholique. Des vertus intérieures, de l'amour de Dieu et du prochain, de la piété, de la mortification des sens, de l'humilité, de la reconnaissance envers Dieu, de la confiance en sa bonté, il n'en est point question dans le Coran. Il permet la vengeance, la peine du talion, l'apostasie forcée, le parjure, et ne condamne que l'idolâtrie. Un musulman croit fermement que, sans l'observation scrupuleuse et minutieuse du cérémonial, le cœur le plus pur, la foi la plus sincère, la charité la plus ardente ne suffiraient pas pour le rendre agréable à Dieu, mais que le pèlerinage de la Mecque, ou l'action de boire de l'eau dans laquelle a trempé la vieille robe du prophète, effacent tous les crimes (6).
          (6) - Voyez Bergier, Dict. théologique, et Rorhbacher, Hist. univ. de l'Eglise. L'article de Bergier est un chef-d'œuvre d'exactitude et de précision que j'ai pu apprécier au milieu des mahométans d'Alger

          Pour bien connaître la morale des musulmans, il suffit de voir quels sont leurs saints, ou marabouts. Un homme qui a quelque peu lu le Coran, et qui peut en réciter des passages de mémoire, s'il sait garder certains dehors, s'il ne boit pas de café, s'il ne fume pas et ne prend point de tabac en poudre, se fait tout de suite un renom de piété merveilleuse et devient en quelque sorte sacré. Quelques-uns de ces personnages, objet d'une miséricorde particulière, ont été vraiment hommes de bien : ils ont, durant toute leur vie, gardé la chasteté, assisté les pauvres, conseillé l'union et la paix. Leurs vertus ont paru surhumaines et leur ont attiré la vénération des peuples. On vit en eux, ce qu'ils étaient en effet, des êtres privilégiés ; la foule les honora sans les comprendre et surtout sans aspirer à les imiter.

          Ils ont fondé des familles puissantes, ils ont laissé un tombeau glorifié par de nombreux pèlerinages et par de riches offrandes, ils n'ont point laissé de continuateurs de leur sainteté étrange. Un marabout de cette espèce vivait à Koléa lorsque les Français s'emparèrent d'Alger ; comme pour montrer que ses vertus avaient leur racine dans son âme et non point dans sa religion, il conseilla jusqu'aux derniers instants de sa vie la paix avec les chrétiens, qui l'avaient injustement et impolitiquement persécuté. La sainteté est du reste le partage exclusif des hommes; les femmes n'y peuvent prétendre, du moins n'ai-je jamais entendu parler des femmes marabouts.

          Quand les Arabes de Constantine virent pour la première fois des religieuses, ils furent si étonnés et en même temps frappés d'une telle admiration, que ces pieuses filles auraient pu, si on l'avait permis, convertir toute la province. L'âme humaine est faite à l'image de Dieu, et c'est pourquoi rien ne peut assez la dégrader pour que ce qui est vraiment noble et grand ne lui inspire pas aussitôt un profond respect. Mahomet a pu plonger ses sectateurs dans l'ignorance la plus abrutissante et la plus féroce : il n'a pu les rendre aussi pervers qu'il le fut lui-même ; une chose est restée à ces peuples malheureux : c'est l'instinct du bon et du beau, l'instinct de la vérité, l'instinct du salut; par-là l'Europe catholique pourrait les sauver; l'Europe politique et incrédule ne le veut pas ; elle préfère les anéantir. Elle y parviendra, car Dieu les lui livre et leur heure est venue; mais elle n'accomplira qu'avec lenteur, au prix de son sang, et pour sa punition peut-être, l'oeuvre terrible de rendre à la croix, nues et dépeuplées, les terres fertiles qu'elle pouvait lui donner couvertes d'une moisson d'âmes. Il plaît à Dieu d'étendre son royaume en ce monde, il lui plaît d'ôter le sceptre aux farouches ennemis du Christ; mais il ne lui plaît pas qu'on tue les hommes avant d'avoir essayé de les convertir; ceux qui auront aimé mieux verser le sang que prêcher l'Evangile n'auront pas impunément réussi.


 
 

 
 
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